Stéphanie Lazzaro
Ancienne architecte, elle choisit à 34 ans de quitter sa première carrière. Si beaucoup y voient un pari risqué, elle perçoit au contraire le véritable risque dans le fait d’y rester. Le sentiment d’asphyxie dans un quotidien qui ne lui correspond plus s’installe progressivement, jusqu’à ce qu’un événement personnel vienne cristalliser ce questionnement : le décès de son grand-père, profondément investi dans un métier qui faisait sens pour lui. Ce moment agit comme un révélateur et déclenche la décision de partir.
Ce geste de rupture ouvre une période d’exploration personnelle, durant laquelle elle cherche sans relâche ce qui fait sens pour elle. Dans ce contexte de deuil, le tatouage devient un espace d’ancrage et de reconstruction. Se faire tatouer lui permet d’inscrire la présence de l’être perdu dans le corps et transforme durablement son regard sur ce médium. Elle y découvre un outil capable de porter des histoires et d’accompagner des passages de vie, ce qui la conduit naturellement à se professionnaliser.
C’est dans cette pratique qu’elle développe une affinité particulière pour le dotwork, une technique constituée de milliers de points exigeant précision, patience et endurance.
Parallèlement, le dessin prend une place croissante dans son quotidien jusqu’à ce qu’un territoire s’impose sans préméditation : le monde marin, un univers qu’elle ne connaissait alors presque pas et qu’elle commence à découvrir par le dessin lui-même.
À force de dessiner, de se documenter et d’observer, elle s’émerveille des capacités extraordinaires des animaux marins. Plus elle en apprend, plus elle ressent le désir de les préserver. Cette métamorphose intérieure la conduit alors à quitter la peau pour investir le papier puis la toile, portée par une conviction personnelle : on protège mieux ce que l’on connaît et ce qui nous émerveille.
Par la minutie du point et la lenteur du geste, elle cherche à révéler la présence du vivant et à susciter une attention renouvelée.
Elle intègre aujourd’hui l’acrylique réaliste dans ses œuvres, notamment à travers la série Fragment, poursuivant une même intention : inviter à regarder autrement et permettre à ces présences marines d’exister pleinement dans notre perception.